Ils doivent leur originalité à leurs formes galbées qui n’ont guère été modifiées depuis l’Antiquité. Ils appartiennent à la même veine que les galères, les tartanes, les chebecs, les felouques, le gourse de Toulon, la gourse de Nice dérivée du gozzo italien (barque Tyrrhénienne), la sétoise, la bette, la barque catalane, les barques d'Afrique du Nord, de Malte, de Grèce, les felouques génoises, et les barques du lac Léman.
Le nom de pointu est d'apparition récente, donné dit-on par les équipages bretons de la Marine Royale stationnés à Toulon à ces curieux petits bateaux de pêche et de service qui animaient la rade... et qui étaient pointus à l'arrière comme à l'avant.
En effet, ces bateaux traditionnels des côtes méditerranéennes portaient traditionnellement des noms divers selon les lieux ; le terme générique utilisé sur les côtes provençales était ‘’rafiau’’, petite embarcation à rames, parfois dotée d'un gréement latin.
La forme arrière pointue correspond à la nécessité d'avoir des bateaux très marins, se comportant bien face à une mer formée, que cette mer vienne de l'avant (le bateau affrontant la mer de face) ou de l'arrière (les vagues rattrapant le bateau par l'arrière). Le mistral, vent violent débouchant de la vallée du Rhône, lève rapidement une mer courte et creuse qui met à rude épreuve les petites embarcations ; la forme arrière pointue permet à ces embarcations de conserver de bonnes qualités marines à toutes les allures, c'est-à-dire quel que soit l'angle avec lequel le vent et la mer abordent le bateau. Inversement, sur les mers océanes, la grande longueur d'onde de la houle, même par vent violent, autorise des formes arrière plates, à tableau, ce qui facilite la construction des coques. Un pointu passe bien dans la mer, en finesse : on dit qu'il ouvre la mer...puis qu'il la referme.
Il existe pourtant une spécificité varoise, celle du pointu toulonnais ou raffiau. Sa construction est au tiers, c’est à dire que sa largeur ne dépasse pas le tiers de sa longueur. L’éperon sur les pointus méditerranéens a été supprimé pour être remplacé par un capian triomphant.
Le raffiau n’en conserve pas moins ses formes pointues ce qui lui permet d’évoluer à la rame aussi bien en avant qu’en arrière.
Sa chambre, c’est-à-dire la partie qui s’étend du mât au coqueron, n’a pas de bancs fixes ou mobiles. Un payol transversal traverse toute la largeur du bateau.
Un proverbe légendaire atteste encore de son maniement difficile:
« Si me coneïsse pas, me toques pas!»
(Si tu ne me connais pas, ne me touche pas!).
Les pointus étaient armés par trois ou quatre hommes.
Le patron était à la barre.
À chaque coup d’aviron, les matelots prenant appui sur leurs pieds se soulevaient sur leurs bancs et pesaient de tout leurs corps.
Une épreuve harassante, surtout quand après une bonne pêche, les bateaux rentraient au port enfoncés dans l’eau jusqu’aux dalots.
L’âge d’or des pointus !
Incontestablement il se situe
entre 1850 et 1930.
En 1926 on dénombre dans le Var 663 pointus armés par 1600 marins pêcheurs.
En 1889, une loi réserve expressément la pêche côtière à nos nationaux. Elle éloigne définitivement les pêcheurs italiens de nos côtes. La plupart d’entre eux demandent leur naturalisation et font souche dans les ports de pêche varoise où leurs descendants sont toujours établis.
Au lendemain de l’indépendance de l’Algérie et de la Tunisie, de nombreux patrons pêcheurs (Pieds-Noirs) s’établissent dans les ports du littoral varois.
Les pointus armés par des pêcheurs professionnels ou des plaisanciers participèrent au début du XIXe siècle à des régates.
Depuis longtemps les plaisanciers ont adopté les pointus. Varois adeptes de la pêche à la palangrotte ou estivants séduits par leurs formes galbées. Le plus illustre d’entre eux fut sans doute Georges Simenon qui séjourna longtemps à Porquerolles avant la guerre.
Le célèbre romancier écrivait dans sa petite maison qui faisait face à la jetée et aux pointus à l’amarre.
La motorisation des pointus, à partir de 1913, modifiera radicalement le mode de vie des pêcheurs à qui sera désormais épargnée la vougado* : à l’aviron, il fallait quatre heures pour rallier l’île du Levant au départ du Lavandou.
Parmi les premiers moteurs montés sur les pointus, il convient de citer les moteurs Aster, Ballot, Castelnau, Baudouin, Couach, Bernard. Le monocylindre et les quatre cylindres Baudouin, inusables, sont encore présents dans toutes les mémoires
Au lendemain de la seconde guerre mondiale, la flottille de pêche varoise réquisitionnée en partie par les troupes allemandes et italiennes se trouve en piteux état. Il faut dans les meilleurs délais construire les pointus nécessaires à la reprise de la pêche littorale.
Les charpentiers de marine provençaux étant en nombre insuffisant, les autorités font appel à des charpentiers venus de Tunisie et même du Maroc. Ils apportent avec eux des gabarits nouveaux et des pointus aux formes nouvelles font leur apparition dans les ports varois.
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